IGIHUHA

Sunday, April 16, 2006

IBIHWIHWISWA: Deogratias Mushayidi est-il un politicien rwandais modèle?




Déogratias Mushayidi : une voix rwandaise en exil

Douze ans après le génocide, le Rwanda n’est toujours pas en paix avec lui-même. Opposé au régime de Paul Kagamé, le journaliste et activiste Déogratias Mushayidi, réfugié à Bruxelles, reste déterminé à créer une opposition unie.

Le génocide Rwandais entache toujours de honte la conscience européenne. En avril 1994, entre 500 000 et 1 million -selon les estimations- de Tutsis et opposants Hutus au régime de Juvénal Habyarimana furent massacrés en trois mois seulement, sous les yeux d’une communauté internationale aveugle et sourde. Une inaction clairement coupable selon Déogratias Mushayidi qui affirme amèrement que « l'Union européenne comme les Nations Unies ont clairement abandonné un peuple en danger. En optant pour la non intervention, le monde a failli à son devoir ».

C’est à Bruxelles que je rencontre cet homme d'une quarantaine d'années, le regard vif, rescapé d’une tuerie ayant coûté la vie à toute sa famille, le génocide le plus rapide de l’Histoire. Après plus d'une décennie, malgré le semblant de justice rendu par tribunal pénal international (TPIR) d’Arusha, le Rwanda reste meurtri. Et divisé. Un récent rapport de l’organisation Human Rights Watch (HRW) a montré que, dans sa quête sans fin d’unité nationale, « le gouvernement actuel confond ‘l’idéologie génocidaire’ avec les mouvements dissidents. Toute opposition au Front Patriotique Rwandais (FPR), le parti dominant et majoritaire est systématiquement réprimée ».

Revenir après le génocide

Depuis la tragédie, Mushayidi a surmonté sa colère et choisi de s’impliquer pour améliorer la vie des deux communautés, Hutus et Tutsis. Il part en Suisse où il suit une formation afin de devenir prêtre. Quand le FPR, ancien mouvement rebelle créé en Ouganda par des exilés Tutsis, prend le contrôle du Rwanda en 1994, l’économie et les infrastructures sont en ruines. Les dirigeants lui demandent de revenir pour participer à la reconstruction du pays. Mushayidi devient le secrétaire exécutif du Centre pour la promotion de la liberté d’expression et de la tolérance dans la région des Grands Lacs, préside l’association des journalistes rwandais et accepte le poste de rédacteur en chef du journal Imboni.

En 2000, dans un climat politique tendu, il écrit une série d’articles à propos de la fuite de Joseph Sebarenzi Kabuye. Président du Parlement rwandais, Joseph Sebarenzi Kabuye doit quitter précipitamment ses fonctions puis s’exiler après avoir remis en question la ligne de conduite du FPR durant le génocide. Peu après la publication de ses papiers, Mushayidi perd son poste de président de l’association des journalistes rwandais et se voit accusé d’ « extorsion de fonds » par le régime de Kigali. En février 2000, sa revue Imboni est interdite de parution : Mushayidi part chercher l’asile politique en Belgique. « Je n'ai pas vraiment préparé mon départ. Cela a été rapide, il fallait agir vite et j'ai pensé à la Belgique, un pays proche du Rwanda et de l'Afrique des grands lacs. De Bruxelles, capitale européenne, on peut facilement suivre l'évolution du monde en général et de l'Afrique en particulier. »

Selon Mushayidi, le parti de Kagamé continue de manipuler la situation politique en s'attribuant abusivement le rôle d'avoir seul « arrêté » le génocide. Mais mon invité refuse de voir dans le FPR une « croix rouge ». Au Rwanda aujourd’hui, l’économie, la politique et l’armée sont presque toutes aux mains du FPR qui ne tolère aucune critique, selon Mushayidi. L’opposition a du s’exiler. Au nom de l’unité et de la réconciliation nationale, les différents segments de la société rwandaise se retrouvent soumis à une doctrine autoritaire. « Les gens ont peur, ils utilisent des pseudonymes pour nous écrire », glisse Mushayidi. Dans son livre « Les secrets du Génocide Rwandais », il accuse même Paul Kagamé, le Président actuel du Rwanda, d’être à l’origine de l’attentat contre l'avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana accompagné de son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, prétexte du massacre interethnique de 1994. « C'était une période terrible ; même mes amis proches étaient trop effrayés pour me parler. »

Unifier l’opposition

Si l’opposition politique rwandaise est aujourd’hui basée à l’étranger, cela ne veut pas dire qu’elle n’a aucun poids. En mars 2002, une Alliance pour la Démocratie et la Réconciliation Nationale (ADRN-Igihango) est créée en Allemagne. L’Igihango –qui signifie « pacte scellé par le sang » - regroupe l'Alliance pour la Renaissance de la Nation (ARENA), les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR, mouvement politico-militaire) et le mouvement ‘Nation-Imbaga y'Inyabutatu Nyarwanda’. Son objectif ? « La mise en place d'une démocratie consensuelle susceptible d'assurer la coexistence pacifique entre toutes les communautés rwandaises », explique Déogratias Mushayidi, nommé porte-parole de cette Alliance.

Cependant, la formation ne parvient pas à s’enraciner au Rwanda et le groupe est vite dissous. En 2004, ses anciens membres, Hutus et Tutsis en exil, fondent un autre parti d’opposition en Belgique : le Pacte Démocratique national (PDN-Igihango). Pour Déogratias Mushayidi, originaire de l’ethnie Tutsi, « les deux groupes ethniques doivent être unifiés dans l’exil en dépit des nombreuses difficultés qu’ils rencontrent». Malgré les problèmes internes de l’opposition, « il reste un espoir », souligne t-il.

Tout changer ?

Après un premier échec dû à son incapacité d’éviter le génocide, il semble que la communauté internationale ne parvienne pas non plus à nouveau à en affronter les conséquences. Mushayidi insiste sur le fait que « la communauté internationale, prise de remords, ferme les yeux devant les pratiques antidémocratiques du régime de Kigali. Or, la dictature actuelle, tout comme la précédente, constitue un terrain favorable à de nouvelles violences politiques. » Mon interlocuteur assure que la communauté internationale « adapte ses activités pour éviter la confrontation avec les autorités rwandaises». Et que même si l’ « Union européenne a tous les moyens nécessaires pour aider » et mettre la pression sur Kagamé, « on ne sent aucune volonté ». Sans ce nécessaire courage, l’avenir du pays des Milles Collines semble bien incertain.

Déogratias Mushayidi: a Rwandan voice from exile

Marcia Kammitsi - Brussels - 15.4.2006 Traduction : Marie Simon

1 Comments:

At 7:17 AM, Blogger Mugenzi Emmanuel said...

Monsieur MUSHAYIDI,

Kuba démocrate ntibihagije. Kuko Kagame ntushobora kumushyigura kuri uriya mwanya avec des discours.

Cyakoze ushoboye kumukorera coup d'état, cyangwa se niba ufite abasirikare nawe ukajya murugano mugahangana.

Kubyerekeye kuba "politicien rwandais modèle", il ne m'appartient pas de vous juger. Cyakoze uwashaka gukuraho mwene Rutagambwa wese namushyigikira kuko mbona ntawaba aussi sanguinaire que lui.

Permettez-moi, Monsieur Mushayidi, de vous poser cette question: Ndakwibuka hamwe na ba Ntashamaje fils ex major FPR, Ndahimana, Karemano et autres mwamamaza ishyaka rishyigikiye ubwami. Ko watangaje ko uri mu Rwanda, numara guhirika Kagame ubutegetsi uzabuha Kigeli?
Général Mukaru Habyarimana ubu muri kumwe muri uwo mushinga mushya?
Quid avec l'ex inyabutatu, igihango et autres 'amashyaka' au sein desquels vous avez milité en exil?
Imana ifashe abashaka guhirika ubutegetsi nkora maraso bwa Pahulo bagashyiraho ubutegetsi burengera kandi burenganura abaturarwanda.
EM

 

Post a Comment

<< Home